05 septembre 2012

Payer pour travailler : une réalité absurde

Un travailleur qui (re)trouve un emploi dispose parfois d’un revenu plus faible que son allocation. Absurde, dénonce une étude qui préconise des réformes.

Dénicher un emploi peut parfois coûter de l’argent. Une situation paradoxale qu’on appelle «pièges à l’emploi» et que beaucoup voudraient voir disparaître. Mais résoudre cette incohérence est loin d’être simple, comme en témoigne une récente étude de l’Institut pour un Développement Durable (IDD).


1. De quoi parle-t-on? L’IDD définit les «pièges financiers» ou «pièges à l’emploi» comme étant «une situation où le fait de passer du statut d’allocataire social à celui de travailleur débouche sur une très faible augmentation du revenu disponible net, voire une baisse de celui-ci».

Autrement dit, le fait d’aller travailler ne rapporte pas plus que rester chez soi. Parfois, cela peut même vous coûter de l’argent. Une situation absurde qui peut amener des gens à ne pas accepter un emploi qu’ils seraient pourtant disposés à occuper pour éviter de perdre du pouvoir d’achat.

2. Comment est-ce possible? Accepter un travail peut entraîner une série de frais (déplacement, garde d’enfants, frais professionnels, etc.) qui grèvent, en fin de mois, le budget familial.

Pour l’économiste Philippe Defeyt, qui a réalisé l’étude, il ne faut cependant pas s’arrêter à ces considérations financières. Car (re) trouver un emploi crée du lien social et peut aider le sans-emploi à sortir de son isolement.

Mais le constat est clair : la différence entre l’allocation du sans-emploi et le travailleur, surtout s’il est isolé ou avec des enfants à charge, est trop faible. «Il reste politiquement, socialement et humainement inacceptable que des personnes doivent en quelque sorte ‘‘payer’’ pour aller travailler», s’insurge M. Defeyt.

3. Quelles solutions? D’après l’IDD, deux catégories de personnes ou ménages sont particulièrement touchées : les chômeurs et les bénéficiaires du droit à l’intégration sociale (le fameux minimex). Le gouvernement a déjà pris des mesures en juillet dernier pour soutenir les bas salaires. Mais elles demeurent insuffisantes.

La solution la plus évidente consisterait à revaloriser le revenu disponible de manière à augmenter la différence avec l’allocation. Mais si la solution paraît simple, elle comporte des limites. Cette mesure s’avérerait coûteuse pour le contribuable. Elle risquerait aussi de créer des iniquités entre travailleurs et des effets pervers sur la formation des salaires.

Pour l’économiste namurois, seul un système d’allocation universelle constituerait la bonne solution. Mais ce n’est pas à l’ordre du jour. Il préconise dès lors certaines réformes. Mais celles-ci doivent avant tout veiller à ne pas créer de différences entre chômeurs et bénéficiaires du revenu d’intégration, comme c’est le cas actuellement.

Il faudrait en outre corriger le système d’allocation de garantie de revenus pour tenir compte des frais professionnels et faire en sorte que le revenu global ne baisse jamais.

Et également s’assurer de limiter la perte d’avantages sociaux, en tenant compte des revenus et non pas en se basant sur des logiques de «tout ou rien».

On le voit, le problème est complexe et, conclut l’IDD, « il n’est pas possible d’apporter une solution idéale et globale aux problèmes des pièges financiers. Mais on peut déjà apporter de notables améliorations.»

François-Xavier GIOT (L'Avenir)

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